PARENT QUI NE SAIT PAS AIMER : LES MÈRES TOXIQUES

Si vous avez commencé à lire cet article, c’est qu’il y a de grandes chances que vous soyez concerné. Il se pourrait que vous n’alliez pas au bout, c’est aussi un indicateur probable que quelque chose en vous se reconnaît, mais fait marche arrière par protection. Votre gardien intérieur joue alors pleinement son rôle : celui de protéger ce qui serait trop sensible et risqué. Je vous invite alors à poursuivre ou le lire ultérieurement !

 

 

PARENT QUI NE SAIT PAS AIMER

Parent aux comportements toxiques dans le lien d’attachement. Cet article se cantonne uniquement aux violences psychiques. Il exclut, même s’il y a des effets similaires, toutes les violences physiques et sexuelles.

Il a pour intention tout d’abord de mettre en perspective les besoins fondamentaux d’un enfant pour devenir un adulte libre, avec des peurs limitées et un cœur disponible.

Ensuit, nous aborderons la mécanique d’un lien parental toxique, avec un focus sur la relation mère fille.

Avant d’en arriver au chemin de transformation, nous verrons comment ce type de relation vient polluer, et parfois détruire la vie de personnes prises dans une emprise difficile à conscientiser.

Pour finir, j'aborderai des pistes pour délier ces liens en m'appuyant sur le cas d'un consultant que j'ai accompagné dans son processus de libération.
 

LE LIEN SUFFISAMMENT BON

Lorsque l’enfant vient au monde, son lien à l’autre est basé sur une énergie de survie. Survie, car il a un besoin absolu d’exister, et seul l’adulte pourra y répondre.
À la naissance, le bébé n’a pas d’autre choix que de faire confiance à l’adulte et en tout premier lieu, la mère.  Sa présence est incontournable dans les premières années de l’enfance. C’est dans cette période que le tout petit a besoin d’un pilier solide pour se développer. La mère a une influence prépondérante sur l’épanouissement futur de l’enfant.

 

Il est, dès les premiers instants de sa vie, et pour quelques mois, en totale dépendance ! Son premier besoin est d'être nourrir, mais pas uniquement. Le second, tout aussi important, est d’avoir la possibilité de s’attacher en toute sécurité : soins, contacts corporels, regard, amour et soin psychique… Cette relation unique s’installe alors pour le meilleur et parfois pour le pire. Dans le cas d’un lien suffisamment bon, il vous suffit théoriquement d’être vous-même pour recevoir l’amour inconditionnel de la mère, et plus tard du père. 
Cette notion n’est plus aujourd’hui à démontrer ! Même si d’autres personnes peuvent prendre ce rôle, il n’en reste pas moins que la figure maternelle reste un élément essentiel dans la qualité de l’attachement.
J’ai écrit dans un article précédant, que la qualité du lien d’attachement est un élément prépondérant dans la construction affective de l’enfant qui conditionnera sa personnalité. Cette structure va impacter fortement la façon dont l’adulte, en devenir, va interagir avec l’autre. La qualité des liens affectifs qu’il tissera en dépendra. Un lien suffisamment bon donnera une sécurité affective, offrant une réelle liberté dans la sphère relationnelle et plus largement dans la construction de vie sociale, familiale et professionnelle. Mais, bien heureusement, il n’y a pas de parents parfaits, d’où cette notion empruntée à D.W Winnicott (pédiatre psychanalystes 1896-1971), de Parents suffisamment bons ! 
 

LE LIEN TOXIQUE

Au contraire, dans le cadre d’un parent déviant avec des troubles narcissiques, les conséquences peuvent être ravageuses. L’enfant n’aura d’autre possibilité que de se sur-adapter à son parent de peur de perdre le lien. 

 

« Nos parents plantent en nous des graines mentales et émotionnelles qui se développent en même temps que nous. Dans certaines familles, ce sont des graines d’amour de respect et d’indépendance. 

Mais, dans d’autres, ces graines sont la peur, l’assujettissement ou la culpabilité. » Susan FORWARD Parents Toxiques
Une grande majorité des patients que j’accompagne ont un trouble lié à la manière dont les parents ont interagi avec eux. Il en résulte de grosses difficultés dans leurs relations, qu’elles soient amoureuses, sociales, professionnelles ou familiales.
C’est la conséquence malheureuse d’un amour toxique ! L’ « amour toxique » est celui d’une mère présentant une faille narcissique, et la toxicité s’aggrave lorsque la faille prend la forme d’un gouffre. C’est-à-dire que l’enfant deviendra l’enjeu de l’existence de la mère ou du père, sachant que la mère a un impact beaucoup plus important dans les trois premières années. 

Dans ce cadre, il y a de grandes chances que le père soit mis à l’écart, ou qu’une triangulaire s’installe. Le père peut faire l’autruche et ne pas intervenir, surtout dans un lien mère fille. Il peut aussi être l’allier de la mère et avoir des comportements dysfonctionnels envers l’enfant. Dans tous les cas, tout sera mis en œuvre pour écarter un tiers séparateur qui pourrait empêcher ce lien toxique. La mère pourra même se servir de l’enfant pour écarter le père. Le père devient alors l’objet de tous les maux, ce qui permet à la mère de garder l’enfant sous sa coupe.

Pour répondre à ce gouffre intérieur, le parent a recours à la manipulation pour éviter de se tourner vers leur intériorité. Il ne peut pas avoir de réalité extérieure si cette dernière vient s’opposer à leur opinion. L’enfant devient alors l’objet qui permettra de combler ce vide et devra accepter la réalité du parent, et la faire sienne. C’est dans cet espace que la toxicité s’installe et vient modifier considérablement la structure psychique de l’enfant. Il n’est là que pour répondre aux souhaits du parent et converger vers cette vision qui lui est imposée : il n’existe pas en tant qu’individu et ne pourra pas faire émerger son essence. Avec cette sensation d’être un partenaire plus qu’un enfant. « Les hommes et les femmes les plus désespérés que j'ai rencontrées dans ma vie de thérapeute étaient presque immanquablement des fils et des filles parentifiés par leur mère ou par leur père. » G.Corneau

C'est souvent des parents qui donnent la sensation d’adorer leurs enfants en créant une relation fusionnelle, mais c’est pour exister à travers eux. Ils peuvent être extrêmement serviables et à la fois très égoïstes, avec parfois une grande froideur. Les changements d'attitudes sont là aussi pour déstabiliser et garder le contrôle de la relation. Les dons se payent tôt ou tard ! L’enfant est dans tous les cas responsable de son bonheur ou de son malheur ! L’attachement devient alors traumatique. Un conflit de loyauté se met en place et l’enfant ne peut pas croire que son parent n’est pas adéquat. L’adulte, ensuite, est pris par une sorte de honte ou de protection. Il va minimiser et rationnaliser sa souffrance pour éviter de prendre conscience de la gravité de ce lien, car la perte lui est devenue insupportable par le vide qu’elle va engendrer. Ils se sentent coupable, l’emprise est active ! Il n’est plus possible de rompre ce lien, voir même d’essayer de le transformer ou de défusionner. L’enfant devient le paravent de l’ombre du parent.

Le socle affectif du futur adulte se sera bâti sur une fondation instable et insécure. La personne se trouve alors ligotée par ce lien qu’elle pourra difficilement lâcher. Elle se retrouve dans une dépendance affective absolue et pourra difficilement se connecter à sa maturité d’adulte : l’enfant blessé ressurgira sans crier gare et viendra saboter ses relations interpersonnelles !

Il aura construit son système relationnel sur ces bases. Mais plus encore, sa personnalité secondaire, celle qui interagit avec l’extérieur, prendra sa source dans ce système relationnelle. Il rencontrera alors certains troubles comme : ne pas trouver sa place, être obligé de faire énormément d’efforts pour exister, se saboter et saboter ses relations, des sentiments de culpabilité récurrents et surtout une insécurité dans la relation à l’autre... Le lien au parent est d’une telle puissance (comme ligoté) qu’il aura d’énormes difficultés à se lier à un autre.

Au fil des années, les mécanismes relationnels s’installent de manière insidieuse dans un quotidien d’une banalité redoutable, mais toujours dans un lien d’amour apparent. « Je suis la seule personne qui pourra t’aimer…Regarde tout ce que j’ai fait pour toi… Si tu ne m’aimes pas en retour, si tu coupe le lien, je disparais » À l’âge adulte, les intrusions prennent une autre forme plus insidieuses :

• Besoin de partager une intimité quotidienne intrusive.

• Appels, texto, mails, et messages plusieurs fois par jour

• Utiliser l’argent comme enjeu de la relation

• Difficulté à lui dire non, ou opposition systématique

• Impossibilité d’être soi-même en sa présence

• Reproches récurrents : «Tu aurais dû… Si j’étais à ta place… Mais je te l’avais dit… !!! »

• Sensation de ne jamais en faire assez

• Chantage affectif larvé induisant de la culpabilisation

• Crainte de son jugement

• Peur de s’opposer à son avis

• Impossibilité de se positionner voir, de trouver une place, autre que celle qu’il a défini pour nous

• Crainte du choix du partenaire, qui ne sera jamais assez bien pour nous (en fait pour elle)

• Sentiment de dépendance vis-à-vis du regard qu’il porte sur nous et de son amour.

• Forte réactivité émotionnelle.

Je joins un lien vous permettant, d’en savoir plus sur les sensations éprouvées face à un parent toxique.

https://drive.google.com/drive/folders/1V53qVullFHN052TCXAcbPAt4H5uGq43

 

Le drame vient lorsqu’il n’y a pas accès à un travail d’accompagnement ! L’indicateur, pour aller voir un thérapeute, est révélé par le système de reproduction dans les relations. Soit la personne va rencontrer des partenaires, toxiques qui vont rejouer le théâtre de la relation à la mère, soit c’est eux qui vont jouer ce rôle là. C’est à dire, que leur base narcissique (l’estime d’eux-mêmes) est tellement vide et affaiblie, qu’ils vont devoir se servir de l’autre pour combler ce gouffre douloureux. C’est un cycle qui s’inscrit dans la transmission transgénérationnelles : l’abuser devient abuseur ! La notion de relation devient une chimère. Il y aussi le cas où le partenaire, par sa présence, va recréer une triangulation qui pourra rappeler celle vécu avec le père. La nature étant bien faite, ce partenaire aura souvent une structure de sauveur. La mère étant maître en la matière, le cycle devient infernal et le triangle bourreau, victime et sauveur la relation  n’est pas tenable : elle est vouée à l’échec !

 

 

EN SORTIR

Il est bien entendu que beaucoup de parents n’entretiennent pas de liens toxiques avec leurs enfants et certaines défaillances, que l’on pourrait qualifier d’ordinaires, ne peuvent pas s’y apparenter. Chaque parent fait ce qu’il peut, le tout est qu’il le fasse bien ! C’est-à-dire qu’il puisse, à un moment de sa vie, reconnaître qu’il a mal agi. Les thérapies systémiques ont l’avantage de pouvoir travailler avec plusieurs consultants. C’est d’ailleurs un des meilleurs axes pour dénouer ce lien toxique. Mais le parent pris dans un trouble narcissique pourra difficilement se connecter à cet élan. Le risque d’être démasqué étant trop important, il ne passera pas la porte d’un thérapeute avec son enfant.
L’autre solution, est d’aller consulter un thérapeute qui aura la compétence pour traiter les troubles de l’attachement. Il mettra le focus sur ce travail pour redonner confiance au consultant, en redonnant la parole à l’enfant intérieur qui a subi cette maltraitance. 
Celle du pardon est très périlleuse, car le pardon unilatéral est rarement efficace. De plus, la part blessée (notre enfant intérieur) ne pourra accepter que la maltraitance qu’il a endurée soit exaucée sans avoir été reconnue. Cette part devenue névrotique, se manifestera par l’expression de difficultés relationnelles hors du cercle familiale.
La personne devra donc acquérir une réelle sécurité affective en dépassant ses sensations de peur, de colère, de tristesse et de culpabilité pour se confronter à son parent. La confrontation directe peut se faire soit en face-à-face, en choisissant un lieu adéquat, soit avec une tierce personne. 

Elle peut aussi être faite par lettre en mentionnant bien ces quatre points :
- voici ce que tu m’as fait
- voici ce que j’ai éprouvé à cette époque
- voici quel effet cela a produit sur ma vie
- voici ce que j’attends de toi à présent Susan FORWARD Parents Toxiques
Le seul but de la confrontation est de retrouver son pouvoir personnel et de rendre à l’autre ses parts dysfonctionnelles.
Dans certains cas, il n’y aura pas d’autres solutions que de couper radicalement le lien, même si la distance physique n’est pas toujours efficace par la douleur qu’elle engendre, de plus elle ne résout en rien l’emprise psychique.

 

Je vois dans mon cabinet des patients pour lesquels cette problématique ressort, alors que le parent maltraitant, est décédé depuis des années. Il sera donc important d’orienter le travail pour créer une réelle distance psychologique. 

Je souhaite illustrer ce propos par le cas d’une patiente, Lucile (pseudo, pour des questions de confidentialité) qui vient consulter, car elle se dit être face à un tournant de sa vie. Elle ne se sent pas bien dans son travail. De plus, elle reçoit une demande en mariage, d'un homme qu'elle aime, mais l'idée de s'engager la terrorise. 
Lorsqu’on aborde la sphère parentale, l’évocation de sa mère, décédée il y a 7 ans génère immédiatement une émotion et des larmes discrètes. Une des pistes d'exploration prend la voie d'un éventuel deuil non accompli. Au fil des séances, il apparaître assez clairement que les phases de ce processus ont été intégrées. En explorant plus avant Lucile me partage un événement, sans aucune émotion, mais qui prendra un axe central dans l'évolution de sa thérapie. 
À 4 ans, la famille passe la journée au bord d’un lac. Lucile rejoint un attroupement qui s’est soudainement formé au bord de l’eau. Des personnes essayent de réanimer un homme : son père. Il décédera à l’hôpital quelques heures plus tard. Son frère et elle sont pris en charge par la gendarmerie. Ils attendront le retour de la mère qui arrivera tard dans la nuit. Je note que Lucile me partage cette histoire dans une expression totalement déconnectée et froide. Le sujet est tabou dans la famille. La mère est coupée de ses émotions tout en fustigeant le défunt père, l’accusant de les avoir abandonnés et qu'il est la cause de tous ses malheurs. La mère s’accroche à sa fille. La tristesse liée à la disparition du père n’est pas admise, aucun espace pour faire circuler les émotions et faire exister ce père aimant disparu soudainement sans rentrer dans un conflit de loyauté. Plus tard, la fusion est telle que la fille arrêtera ses études. Elle fera des petits boulots pour assurer l’aspect matériel de la famille. Ses relations amoureuses n’ont aucune consistance, elle n’aura pas d’enfant. Lucile témoignera que sa mère était très aimante : « Sans toi, je n’aurai pas survécu…tu es mon bâton de vieillesse…nous sommes les mêmes… » On voit bien apparaître le surinvestissement de la mère sur la fille, elle n'existe qu'au travers d'elle : elle est parentifiée !
Une autre piste s'ouvre sur la reconnexion au père afin que l’enfant intérieur puisse être autorisé à recontacter sa tristesse refoulée liée à cette perte. Je propose à Lucile de retrouver des photos de son père. La séance suivante, elle me partage que son frère lui a offert pour la Noël, un album de photos sur lequel plusieurs clichés, la montre dans les bras de son père. Un signe qui nous indique que nous étions peut-être sur la bonne voie. La suite du travail va être de créer un espace sécurisant pour que Lucile puisse reconnaître que sa mère l'a aimé certes, mais aimé mal ! Elle accepte de voir que sa mère avait instauré une relation exclusive et toxique pour se sauver. C’est en remettant le père dans le champ familial que Lucile a retrouvé ses 2 parents et dénoué ce lien, ou plutôt, cette ligature qui l'empêchait d'être. Elle fait encadrer une photo de mariage de ses parents. 
L'espace thérapeutique aura permis de faire apparaître un tiers séparateur, qui n'a pas pu existé durant toutes ces années. Très rapidement, Lucile constate qu’elle peut évoquer sa mère sans être submergée par des émotions. De plus, elle décide de changer son avenir professionnel en s’orientant vers une formation d’aide. Elle se marie 6 mois plus tard.
L'exemple de Lucile montre que le lien toxique peut prendre des formes diverses en travestissant souvent la relation avec le déguisement de l’amour.

Pour conclure cet article, je citerai Jean Cocteau qui illustre bien cette ambivalence des injonctions paradoxales créant, source de l’amour insécure. « Tu dis que tu aimes les fleurs et tu leur coupes la queue, tu dis que tu aimes les chiens et tu leur mets une laisse, tu dis que tu aimes les oiseaux et tu les mets en cage, tu dis que tu m’aimes alors moi j’ai peur. »

 

Daniel SOULA

Thérapeute Psychocorporel Aix en Provence